Par Misha BRET
Je pourrais écrire des « fourmillons »(1) de choses et vous pourriez chers ami(es) argumenter, polémiquer à l’infini et vous auriez sans doute raison sur beaucoup de points. Mais je voudrais juste vous livrer sans prétention aucune, la réflexion que m’ont inspiré les mots extérieur/intérieur.
Si « je » est le sujet, l’intérieur est la partie qui est dedans et l’extérieur ce qui est en dehors autour du sujet une lapalissade direz-vous ?
L’extérieur est l’espace proche ou éloigné, perceptible ou non qui entoure « je », l’intérieur de « je » peut être identifié de façon concrète sur un plan physique ou de façon subtile sur un plan mental, psychique ou spirituel. Or si « je » expérimente un extérieur et un intérieur, il en fait deux réalités différentes (c’est le point de vue des sciences) qui peuvent être opposées et en conflit ou opposées mais complémentaires, fonctionnant ensemble, s’enrichissant mutuellement. C’est faire référence aux dvandva dans le Yoga-sûtra de Patanjali (2).
En tout cas pour quelqu’un qui, comme moi, pratique et enseigne le Yoga, toutes ces questions me donnent à penser et surtout à expérimenter que tout est relié. Est-ce la réalité ? K.G. Dürckheim disait « … la réalité qui compte sur le chemin spirituel, c’est la réalité qui compte pour l’homme, et pas la réalité qui reste quand on élimine l’homme. » Je fais mienne cette pensée.
Je vais essayer de « tricoter un point de vue » qui est un scénario assez ordinaire du lien étroit entre dedans- dehors et voir ce qui en découle !
Je suis dans un environnement et reliée à lui par mes organes sensoriels qui sont des ouvertures sur l’extérieur, ils permettent de me représenter le monde à travers des formes, des couleurs, des sons, des odeurs, des saveurs ; leurs fonctions me permettent de m’adapter et de répondre aux différentes sollicitations de ce dehors . Et leur double fonction tisse le lien entre extérieur et intérieur, avec la bouche je mange et je parle ; avec le nez je respire et je sens, avec les oreilles j’entends et je m’équilibre (oreille interne), avec les yeux je vois et j’équilibre un peu plus mon corps, avec la peau je suis reçois les stimulations extérieures et je touche.
Ce mouvement naturel, permanent, pendulaire du dehors au-dedans est certes instable, mais il m’invite sans cesse à un rééquilibrage tant sur le plan corporel que sur le plan psycho-émotionnel. Il fait de moi, un être vivant et dynamique.
C’est par ces perceptions sensorielles (images saisies à l’extérieur par les sens et l’esprit) que je mets en scène des situations qui sont mémorisées avec la possibilité de les re-présenter à la conscience avec leur charge émotionnelle. Agréables je désire les répéter, désagréables je veux à tout prix les rejeter, ne pas les revisiter. Voilà comment l’image, la re-présentation de mon monde construit à l’intérieur, se superpose à ce qu’il est en réalité et me fait « prendre des vessies pour des lanternes ».
Mais au fait le monde tel qu’il est, IL EST COMMENT ?
J’ai expérimenté qu’un manque d’attention aux autres et à moi-même ou qu’un esprit instable, troublé favorisaient des situations pénibles. L’étreinte d’une souffrance comprime le dedans et déforme l’image du dehors. La pratique des postures va permettre de retrouver de l’espace pour accueillir le souffle, et éliminer les tensions ; le silence va apaiser le mental et laisser résonner le bien-être en moi.
A ce niveau de compréhension je suis consciente que le « monde est truqué »surtout par ma façon de l’appréhender. Le regard extérieur dépend du regard vers soi. Je dois donc changer de l’intérieur. La prise de conscience d’un « ça suffit » entraîne un changement d’attitude ou de direction pour un retour à une situation plus sereine ; un abandon de certaines idées, un détachement pour tout ce qui est inutile peut advenir (une dé-pression), laissant de l’espace et de la légèreté
Pour faire jour à une vision plus large, plus profonde, plus intuitive, plus nouvelle, je pratique l’Exercice. J’appelle EXERCICE cette façon consciente de « me mettre en chemin » pour qu’à chaque pas, patiemment et avec persévérance s’enracine de plus en plus profondément une attention fine et sans faille des mécanismes en moi et hors de moi. Pour que se déchire le voile qui trouble mon regard et me permette de voir enfin dans chaque chose sa beauté et m’en émouvoir, voir son extraordinaire créativité sans l’enfermer dans des formules. Enfin reconnaître que tous ces signes extérieurs témoignent d’une réalité intérieure : ma beauté intérieure et ma créativité.
L’exercice, c’est répéter, enquêter, comprendre ; c’est observer avec minutie, exactitude les choses, les faits tout en s’abreuvant du merveilleux qui nous remplit d’un sentiment touchant le divin. C’est voir l’extérieur avec « l’œil de contemplation »(3). C’est ma façon de parler du discernement. L’exercice pourrait être aussi comme l’écrit Claude Maréchal, mon professeur et ami : « La capacité à réaliser quelque chose dans le monde extérieur c’est Shakti et entreprendre une recherche intérieure c’est Adyâtmika. Deux approches qui divergent par leur orientation car il est difficile de se tourner simultanément vers le monde et vers le plus profond de son être mais elles se complètent pour enrichir sa vie ».
Mais n’est-ce pas dans la recherche de l’accomplissement de ces deux approches qu’au plus profond de moi s’établit un lieu, où les opposés se confondent et fusionnent en un point neutre et tranquille, un point d’ équilibre. Et du même coup dans cette fusion, plonger dans le ni dedans, ni dehors, ni extérieur, ni intérieur. L’Unité.
« Il est mouvement et Il est non-mouvement
Il est loin et Il est tout près
Il est au-dedans de tout et Il est hors de tout »
ISHA UPANISHAD III-5
(1) mot pris dans « Anna et Mister God » pour dire : innombrables (2)Voir Y-S de Patanjali II-48 (3) employé par le Dr J.P.Schnetzler dans un colloque en 1995

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